WAX ROOM - La chambre des Certitudes WAX ROOM - La chambre des Certitudes

AUX VISITEURS DE LA CHAMBRE DES CERTITUDES

En l’an 2000, après avoir cherché un lieu adéquat pendant des années, l’artiste allemand Wolfgang LAIB venait à Marcevol pour y réaliser une chambre de cire pour la montagne : « La chambre des Certitudes ».
Cet artiste qui utilise pour son travail des matériaux organiques tels que le lait, le pollen, le riz, la cire d’abeille, a enrichi le légendaire rocher du Roc del Maure d’une œuvre d’art très particulière. Nous vous conseillons de faire connaissance avec la démarche de l'artiste en lisant sa biographie (sous l'onglet WOLFGANG LAIB) ainsi que les textes figurant ci-après. En effet, la chambre des Certitudes n'est pas une œuvre d'art ordinaire mais plutôt un lieu propice à la méditation sur la vie, la mort, le passage, la sérénité et la beauté...

Pour y parvenir, il faut se laisser guider sur un sentier qui parcourt la garrigue entre cistes et chênes-verts. Au terme de ce chemin, une chambre creusée dans la roche granitique vous attend. Les parois et le plafond sont enrobés d’une couche de cire d’abeille dont l’aspect et l’odeur établissent un solide contraste avec le granit aride.
Depuis la création de la chambre des Certitudes, l’association pour l’ermitage de Wolfgang LAIB (AEWL) veille à la protection de ce lieu et à sa promotion auprès du public. Nous vous invitons à la découverte de cette œuvre qui vous permettra de parcourir un sentier de montagne, d’ouvrir les yeux sur un paysage grandiose face au Canigou, d’entrevoir une tranche d’histoire de la terre de Catalogne. 

Voici d'abord quelques informations d'ordre pratique :
L’association AEWL gère l’accès à la chambre des Certitudes.
Le point de départ de la visite est le village d’Arboussols.
Pour les automobilistes voyageant sur l’autoroute A9 : à Perpignan, prenez la direction Andorre – Prades, par la N116. A 5 km avant Prades, dans la traversée de la localité de Marquixanes, prendre à droite la D35 vers Arboussols.
Pour ceux qui atteindraient Prades autrement, prendre la N116 vers Perpignan ; après 5 km, dans la localité de Marquixanes, prendre à gauche la D35 vers Arboussols. 

La chambre des Certitudes se visite librement. L’accès n’est possible que par le sentier entretenu et balisé par AEWL.

Vous devez demander la clé de la chambre :

Balisage du sentier
- soit à la mairie d’Arboussols (Tél. 0468960140)  : mardi, mercredi et jeudi de 9h à 12h
- soit au Prieuré de Marcevol (Hameau d'Arboussols). (Tél. 04 68 05 24 25).

  • En mai, juin et octobre : tous les jours sauf le lundi, de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 16h30 (rapporter la clef avant 18h00)
  • En juillet, août et septembre : tous les jours de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 17h30 (rapporter la clef avant 19h00)
  • Le reste de l'année : en semaine sur rendez-vous, tel 04 68 05 24 25.

Vous aurez sur place les informations nécessaires vous permettant de débuter le sentier vers le Roc del Maure.

La chambre des Certitudes est un lieu de silence et de méditation. Il est déconseillé d’y entrer en groupe, pas plus de trois personnes de préférence. En sortant, n’oubliez pas de fermer la porte et de rapporter la clé à son point de départ.


Association pour l’ermitage de Wolfgang LAIB
www.waxroom.fr


 

NAISSANCE DE LA CHAMBRE DES CERTITUDES

(Texte extrait d’un entretien avec Necmi Sönmez, curateur indépendant, ami de Wolfgang Laib. L’intégralité de cet entretien figure dans le Catalogue "La Chambre des Certitudes", en vente sous l’onglet LA BOUTIQUE.)

Le projet de chambre de cire pour la montagne a été développé au cours d'un long séjour en Amérique. À l'origine la chambre de cire devait être réalisée au Nouveau-Mexique, dans une région rocheuse. Qu'est-ce qui est à l'origine de cette idée?

L'histoire de la chambre de cire est très longue et elle remonte à plus de douze ans. J'avais à l'époque quatre expositions en Amérique, dont une chambre de cire en 1988 au Carnegie International de Pittsburg. C'était une situation muséale parfaite, très professionnelle : tout était possible, on pouvait tout faire. Nous avons réalisé une merveilleuse chambre de cire, qui est actuellement installée au Museum of Modern Art de New York où elle est intégrée à la collection. Ensuite […] j'ai passé deux mois avec ma famille aux États-Unis et à la fin du séjour nous avons traversé les déserts du Nouveau-Mexique et de l'Arizona. Après toutes ces expositions, tous ces musées, ces galeries, tout cet art, nous nous sommes retrouvés au milieu de la solitude de ces déserts. C'est là que tout d'un coup l'art et notre existence ont pris une tout autre dimension. Cela m'a tellement touché que j'ai pensé qu'il devait exister d'autres possibilités que d'installer simplement une chambre de cire dans un musée. Et depuis je n'ai cessé de rêver d'en réaliser une dans cette sorte d'environnement. […]

En 1992, j'ai fait une exposition à Collioure, sur la Méditerranée. Jean-Louis Froment, qui travaillait alors à Bordeaux, avait été invité à organiser une exposition pour un tout petit musée où, au début du siècle, avaient travaillé beaucoup d'artistes français. Nous y avons fait une petite exposition de groupe. Et j'ai fini par raconter mon rêve à Jean-Louis Froment. L'idée l'a tellement emballé qu'il a aussitôt répondu : « Il faut le faire ici en Europe, ce projet est fascinant ; cela a toujours été un de mes rêves. » […] Il pensait que les Pyrénées conviendraient merveilleusement.

J'avais auparavant […] visité les abbayes romanes des Pyrénées et de la Méditerranée. J'avais par exemple été très impressionné par Saint-Martin du Canigou. Puis j'ai assez vite commencé à chercher moi-même dans les environs pour me faire une idée du site.
D'autres personnes ont commencé à m'indiquer des endroits, à me proposer des lieux. Mais en fait j'ai assez vite compris que c'était à moi de le trouver. Je n'avais pas le choix. Ou bien je le trouvais moi-même, ou le projet ne pourrait aboutir. C'était naturellement très difficile parce que je ne connaissais pas bien les Pyrénées. Cela supposait des voyages qui n'étaient pas forcément agréables. Mais je l'ai fait. J'ai cherché différentes possibilités, j'ai regardé et finalement j'ai pris ma décision ; j'ai choisi la région du Massif du Canigou qui est le dernier grand massif des Pyrénées côté Méditerranée. Le sommet le plus élevé a toujours été vénéré par les Catalans comme un lieu sacré. C'est un massif près duquel se trouvaient et se trouvent encore un grand nombre d'abbayes et d'ermitages romans. C'est d'ailleurs ce qui m'a profondément touché, cette intensité du paysage liée à une culture européenne chrétienne. Et puis j'ai vraiment trouvé dans ce site un lieu, pas aux abords immédiats du Massif du Canigou, mais en face de lui. On voit le panorama complet du massif, mais malgré tout, pour l'Europe, c'est quand même une région assez isolée et solitaire. Il y a le paysage, le ciel et le massif du Canigou, c'est tout. […]


...le ciel et le massif du Canigou,c'est tout.


L'exécution a été difficile. En 1999, à la suite d'une exposition au Carré d'Art de Nîmes j'ai trouvé un soutien efficace auprès du conservateur du Carré d'Art, Guy Tosatto et de la présidente de l'Association des Amis du Musée d'Art Contemporain, Annie Besset. Par leur intermédiaire, j'ai pu rencontrer le sénateur m
aire de Prades, monsieur Paul Blanc qui était aussi le président du SIVOM. (Il fit don du terrain après un échange avec le propriétaire N.D.R). Toutes ces personnes se sont rapidement enthousiasmées pour la réalisation de la Chambre de cire et leur aide a rendu possible ce rêve un peu fou. Grâce à elles, les demandes de subventions ont été introduites auprès d'organismes européens, nationaux, régionaux et locaux et les fonds nécessaires ont été réunis, en collaboration avec la Mission An 2000. J'ajoute que l'argent n'aurait pas suffi et qu'il a fallu, de la part de tous ceux qui se sont impliqués dans cette œuvre, beaucoup de bonne volonté, de travail bénévole et surtout de foi dans l'entreprise pour la mener à bonne fin. […]
La réalisation n'a pas été facile. Je ne voulais pas utiliser une cavité, une grotte naturelle. Je voulais délibérément creuser dans la roche un espace abstrait, ce qui en réalité n'était pas si simple. Car nous nous sommes très vite rendu compte que le rocher que j'avais choisi, était du granit, et un des granits les plus durs du monde, et du fait que pour les ouvriers le travail pratique d'exécution était très ardu. Ce qui m'a beaucoup touché, c'est que les ouvriers étaient tellement fascinés par le projet qu'ils ont accepté la difficulté sans aucun problème. C'est une très belle expérience.

Concernant la forme, la taille, nous avons commencé en partant d'une forme et d'une taille similaires à celle de la Chambre de cire présentée au Carré d'art de Nîmes. J'avais dit tout à fait au début que je viendrais régulièrement au cours du travail d'excavation pour voir l'avancée des travaux et considérer comment ça fonctionnait et quelles étaient les difficultés. Et c'est ainsi que le travail a évolué de manière tout à fait différente de ce que j'avais pensé au départ, car, à cause de la consistance de la pierre, tout est beaucoup plus irrégulier que je l'avais imaginé. On a ainsi une entrée relativement lisse et régulière et puis, vers le fond, la roche est beaucoup plus présente. C'est la roche elle-même qui a déterminé la forme avant d'être couverte de cire d'abeille.
Je dirais que s'il fallait trouver quelque chose de comparable, ce ne serait pas dans notre siècle. Probablement plutôt parmi les choses que les hommes ont faites il y a 5 000 ou 8 000 ans. Je crois que ces hommes, qui appartenaient à des cultures complètement différentes, créaient souvent des lieux de cette sorte et qu'ils étaient mus par le même genre de sentiments. Je crois que ce lieu reflète quelque chose de semblable à ce qu'il y avait il y a 5 000 ans par exemple. C'est très beau. Je crois qu'il est important que cette sorte d'exigence soit encore possible en l'an 2000. Aujourd'hui, dans la vie actuelle et dans l'avenir, avec tout ce que nous connaissons et vivons à notre époque, c'est important et particulièrement nécessaire.
La lumière du jour pénètre par l'ouverture de la porte. Je me demandais si ce ne serait pas trop sombre. Mais c'est très juste au contraire que la lumière de la Chambre soit différente selon le moment de la journée, selon l'emplacement du soleil. La porte est à l'ouest. L'après-midi, il y fait plus clair que le matin. […]
J'ai été surpris de l'émotion qu'ont fait naître en moi, le projet, le travail de réalisation et la réalisation elle-même. […] Le fait que ce ne soit pas une exposition est une très belle chose. C'est un lieu, qui reste un lieu. Une œuvre qui reste en ce lieu. Ainsi je pourrais imaginer pouvoir réaliser diverses œuvres dans des situations tout à fait différentes. Par exemple une œuvre dans une architecture qui existe déjà, mais il serait aussi pensable de créer un espace pour une œuvre déterminée, et ce à des endroits différents de la terre. Peut-être aussi, pourquoi pas, une nouvelle Chambre de cire, dans le paysage désertique du Tibet. Mais aussi peut-être dans une des plus grandes villes du monde. Ainsi il pourrait y avoir des lieux qui, clos et en eux-mêmes cohérents, soient aussi en relation entre eux, en dehors de l'agitation temporaire des expositions. Là, je pense plutôt aux chapelles et aux églises qui ont été créées par quelqu'un comme Giotto au cours de sa vie, ou bien aux lieux de Rumi et de Saint François. […]

La Chambre de cire est fermée par une simple porte en bois. Elle est donc protégée des variations de température, mais aussi des animaux et du vandalisme.

Le Massif du Canigou, le site de la Chambre de cire ressemble à un « bois sacré »… C’est ainsi : la réalité d’un pollen, d’une pierre de lait, peut-être aussi d’un bois est tout simplement là. C’est la plus belle chose qui soit.

Le petit sentier étroit qui mène à la Chambre donne la possibilité de découvrir la flore et la faune des Pyrénées Orientales ; on y jouit aussi d'une vue totalement dégagée sur le Massif du Canigou. Je crois que ce sentier permet au visiteur d'interroger un « autre » niveau de réalité. Les sentiers représentent une forme universelle qui existe dans la culture bouddhiste comme dans les traditions chrétienne et islamique, un parallèle intéressant entre cheminement «réel » et cheminement « spirituel ».
Je me suis rendu un jour à la Chambre de cire avec Guy Tosatto. Quand nous sommes arrivés en haut, il m'a dit: « On a le sentiment incroyablement irréel de se retrouver dans un monde tout autre », ce à quoi je lui ai répondu: « Tout est quand même beaucoup plus réel ici que dans notre vie quotidienne ». N'est ce pas magnifique de voir comment le spirituel se fond dans le réel. N'est ce pas ce dont j'avais toujours rêvé ? […]

Ce paysage donne la mesure, une mesure hors du temps et hors du lieu.

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PRÉSENTATION

"Cherche la réponse en ce lieu même d'où t'est venue la question"

Jalal-ud-din-Rumi

 

Le Roc del Maure

Pour atteindre le sommet du Roc del Maure, il faut suivre un sentier escarpé parmi les buissons maigres et épineux et les arbres chétifs d'une garrigue âpre, semée de rochers, marquée du sceau d'étés arides et de pluies torrentielles. Une nature austère, certes, mais qui offre néanmoins des paysages amples, d'une beauté grandiose, presque anachronique tant elle semble appartenir à une époque révolue.

 Aussi comprend-on en parcourant du regard ces étendues, en foulant du pied ce sol, qu'ils purent attirer moines et anachorètes en des temps où la foi seule donnait aux hommes assez de courage pour surmonter les peurs immémoriales ou millénaristes. Car ce sont des terres de solitude. Elles donnent d'emblée aux hommes leur échelle : minuscule. De même, elles leur enseignent ce qui les comprend et leur échappe, leur origine et leur fin, et leur insufflent l'aspiration à être dignes de cette puissance invisible, transcendante, qui les porte à se dépasser.

  Propice à la contemplation du spectacle de la nature et à la méditation sur la fin de toute chose, cette terre catalane, lovée au pied du Canigou, semble prédestinée à accueillir ceux qui recherchent, durant leur passage sur terre, des raisons supplémentaires pour goûter à chaque instant le suc dense et enivrant de la Vie dans l'essence même de son être et de son mystère. Est-ce le hasard ou l'attraction magnétique de cette région constellée de chapelles romanes qui guida les pas de Wolfgang LAIB jusque là ? Nul ne le sait; mais c'est là cependant qu'il a choisi de réaliser un projet qu'il portait en lui depuis plus de dix ans : une chambre de cire pour la montagne.  

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 LE SENTIER

Traverser ces paysages au rythme de la marche en suivant le balancement régulier de son corps vers l'avant; gravir le sentier qui mène à la Chambre en sentant de manière plus aiguë sa respiration, la succession de l'inspiration et de l'expiration qui anime la cage thoracique comme un soufflet; s'arrêter un instant pour reprendre haleine et percevoir le battement aux tempes, au cœur, du sang en train d'irriguer chaque partie du corps : telles sont quelques unes des sensations que l'on est amené à éprouver durant l'ascension du site et qui participent déjà de l'expérience que procure cette œuvre.

Le sentier est parfois malaisé

Une expérience physique, sensorielle, suscitée par elle et pour elle. Une expérience intérieure aussi, qui permet de se défaire des scories du conditionnement social. Et ce faisant, elle nous rapproche des activités ritualisées de Wolfgang LAIB et nous prépare à une meilleure appréhension de son univers. On le sait, il y a dans la dynamique créatrice de
l'artiste une forme répétitive de l'activité physique qui confine à l'ascèse. Les jours entiers passés accroupi dans les champs à récolter du pollen, ou encore les semaines occupées par le travail lent et exigeant du polissage du marbre, sont autant d'exercices qui redonnent au temps sa durée réelle, au corps la mesure de ses possibilités, ses limites.

Il s'agit en somme d'accorder le corps et l'esprit au rythme d'une nature qui s'accomplit, depuis des millénaires, suivant la succession des saisons, et dont chaque partie, de la fleur de bouton d'or à l'abeille qui la butine, est une manifestation toujours renouvelée de la vie dans sa perfection et sa beauté. L’esprit est là, présent en tout, et la nature, par un contact direct, répété, forme le support privilégié d'une méditation sur les questions essentielles qui se posent à nous dans ce court voyage que nous accomplissons, de la naissance à la mort.



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 LA CERTITUDE 
 

Le sol fait  penser à une multitude de vaguelettes

Après avoir suivi les méandres du sentier qui gravit allègrement la pente vers le sommet, on accède à une plate-forme tournée vers l'ouest où quelques chênes verts offrent une ombre salutaire durant la saison chaude. De là, la vue sur le Canigou acquiert une beauté majestueuse et irréelle. La plate-forme elle-même est dominée par une masse rocheuse percée à sa base d'un petit couloir étroit, clos par une porte de bois: c'est l'entrée de la Chambre de cire.

En franchissant le seuil, on tourne résolument le dos à l'agitation extérieure, au tohu-bohu des éléments et des hommes, pour pénétrer au sein de la terre, au cœur même de la montagne. L'espace n'a plus qu'un lointain rapport avec les chambres de cire précédentes. Ici plus de véritable référence à l'architecture, mais plutôt un espace organique qui, bien que laissant deviner la main de l'homme, suit au plus près les mouvements, les convulsions de la terre. Le sol fait penser à une multitude de vaguelettes figées dans la pierre. Les parois qui de l'entrée vont en s'évasant, se resserrent à l'extrémité de la chambre sur un chaos de blocs qui forment comme autant de membres ou d'organes du corps de la montagne. Mais en dépit de la froide présence du granit, ce corps est accueillant; la cire confère à la pierre la douceur d'une peau tendue, la couleur mordorée du vieil or. Peu à peu, son parfum nous entoure, nous pénètre, nous anéantit. Notre corps qui, quelques instants auparavant, nous permettait de monter jusque-là, dont on avait pu sentir sous l'effort chaque partie, devient le réceptacle seul de ces parfums, de cette lumière. Progressivement, il devient lui-même une autre Chambre de cire.

Ainsi, l'or et la lumière se trouvent au cœur de la montagne comme au plus profond de notre être. Les atteindre tient à notre capacité à nous détacher de ce monde de mensonges et de sortilèges. Atteindre cet autre corps, ce corps fluide et insaisissable de l'âme, permet de comprendre ce qui nous détermine et nous dépasse, le sens de notre présence au creux de la montagne de même que dans la ronde immémoriale et sans fin des astres.
S'extraire de la chambre, sortir à nouveau dans le monde vibrionnant constitue une épreuve. La chambre de cire est une matrice, une conque où l'on pourrait demeurer dans une méditation ininterrompue et dans l'oubli du temps. Sortir à nouveau à la grande lumière est comme une seconde naissance. Ce faisant, le monde apparaît chargé de sens, moins opaque, moins étranger. Chaque chose que notre regard effleure désormais semble porteuse d'un message, un message de vie et d'espoir. Telle est la leçon de cette expérience extraordinaire car, ainsi sont les visiteurs de la Chambre de cire, le cœur plein de doutes et de questions durant leur cheminement vers le Roc del Maure, plein de joie et de certitudes à leur retour.
 

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 L'ÉCHELLE DU CORPS

Le goût de Wolfgang LAIB pour les matériaux les plus élémentaires transparaît également dans les formes qu'il privilégie. Des formes géométriques, jamais totalement régulières, dont le répertoire se cantonne dans quelques figures: rectangles presque carrés, cônes, maisons, bateaux ... Des formes simples, premières, d'une évidence désarmante, mais dont il émane toujours une sorte de rayonnement diffus, tremblant, comme la manifestation vibrante d'une présence. Et de fait, elles génèrent leur propre espace, elles le développent tel que l'a déterminé l'artiste, à l'échelle du corps qui est ici la mesure de toute chose.

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Carré de pollen
Le corps constitue l'instrument de notre présence au monde; il conditionne notre rapport à l'univers par le filtre des sens, il est le siège de la conscience, et pour les croyants, de l'âme. Enfin, le corps, enveloppe charnelle, donne à l'Être son apparence au sein de la communauté des vivants. La sculpture, par essence en trois dimensions, impose une relation particulière, physique, au spectateur. On ne regarde pas simplement une sculpture, on est placé en présence d'elle. A fortiori, lorsque, à l'instar de l'œuvre de Wolfgang LAIB, les sculptures sont issues de matériaux vivants. Une Pierre de lait, un Pollen, une Maison de riz instaurent plus qu'un dialogue, un échange concret et intime avec le spectateur. La présence étale du lait, la vibration lumineuse du pollen, le silence recueilli des maisons de marbre, offrent autant d'occasions de prendre conscience de sa vulnérabilité et de sa force, du singulier et de l'infini, de la mort et de la promesse du renouveau. Ce faisant, l'expérience de la relation à ces formes conduit très vite à saisir qu'il ne s'agit pas ici, uniquement, d'un échange matériel.

L'échelle du corps, pour l'artiste, ne ressortit pas à la seule enveloppe charnelle ; elle comprend également l'aura spirituelle qui le transcende. Sans doute cette dimension est-elle devenue particulièrement évidente lorsque Wolfgang LAIB a commencé à utiliser la cire d'abeille, il y a quinze ans environ. Ainsi, après avoir façonné quelques Maisons de riz, l'artiste a conçu, dès 1988, à l'occasion d'une exposition à Berlin Ouest, un premier espace de dimension architecturale, une petite pièce étroite entièrement couverte de plaques de cire d'abeille, intitulée "Pour un autre corps". Avec cette nouvelle réalisation, le spectateur n'est plus simplement amené à partager le même espace que l'œuvre, mais il y pénètre, son corps étant englobé dans le corps même de l'œuvre. Cette expérience s'avère d'autant plus fascinante que le parfum de la cire sature l'espace, pénètre en nous, nous imprègne jusqu'à ne faire plus qu'un avec la totalité de notre corps. Peu à peu, nous devenons cette essence qui nous traverse et nous transporte, passant d'une forme solide à l'état de fluide, aussi léger et impalpable que ce parfum de fleur et de miel, voguant, sans attache, pour un ailleurs pressenti, bien qu'inconnu.

Par la suite, l'artiste réalise plusieurs autres espaces en cire. Conçus dans le cadre d'expositions temporaires, il leur donne des formes de couloirs droits ou coudés
Une chambre de cire au musée
et quelques éléments particuliers et fortement signifiants se trouvent introduits à leur extrémité tels qu'une porte scellée ou une petite fenêtre s'ouvrant sur la nuit ou encore un escalier montant vers le plafond ... Plongés dans une semi-obscurité, que seules une ou deux ampoules électriques éclairent faiblement, ces espaces possèdent tous les mêmes qualités de silence, de mystère et de recueillement. Lieux d'exception, sans équivalent dans le monde de la création contemporaine, ils introduisent la possibilité d'accéder à un autre espace-temps, une autre dimension, parallèle à la réalité visible et qui conduit en définitive à une conscience accrue de soi.

Principale source d'inspiration de l'artiste, la nature est également son milieu de prédilection. A la suite de ces premières œuvres, il a aspiré à un espace de cette sorte dans un environnement totalement naturel. Ainsi est née cette utopie magnifique, réaliser une Chambre de cire pour la montagne. Ainsi est né, dans les Pyrénées, en face du Canigou, l'ermitage du Roc del Maure.

 

 

 



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 LA TRANSPARENCE DES CHOSES

Pierre de lait

  Traverser ces paysages au rythme de la marche permet également d'être au plus près des éléments: une saute de vent et l'air tout entier vous enveloppe et vous pousse; le soleil de juillet au zénith et s'abat du ciel une pluie de feu; un recoin d'ombre sous un rocher et l'eau perle à la corolle d'une fleur; une ondée de fin d'après-midi et des parfums d'humus et de feuilles mortes montent de la terre. Soudain, chaque chose, jusqu'à la plus imperceptible, devient tangible et révèle une autre dimension de sa nature. Telle pierre affleurant le sol n'apparaît plus simplement comme une masse de granit, mais comme le fruit d'une alchimie géologique qui renvoie au magma originel.

 Cette dimension, qui met à jour la plénitude du sens de chaque composant du visible et de l'invisible, est celle de l'œuvre de Wolfgang LAIB. Il travaille en elle et avec elle. Les matériaux qu'il a privilégiés depuis ses débuts constituent l'illustration la plus évidente de cette orientation. Le lait, le marbre, le pollen, le riz, la cire d'abeille sont autant d'éléments naturels qu'il utilise directement, sans les modifier aucunement.

Toutefois, sous les mains de l'artiste, chacun de ces éléments déploie, par-delà son identité propre, une aura symbolique d'une rare ampleur. Le lait, par exemple, est évidemment le premier aliment prodigué par la mère nourricière. Il constitue le bien commun à tous les Hommes, le bien originel. Il n'est que de considérer la fortune artistique d'un thème comme celui de la mère allaitant son enfant pour se convaincre de la puissance d'évocation d'une telle substance : le lait signifie la naissance, le lien avec la mère et avec l'ensemble de la communauté des humains, le vivant, le pur, le fragile et l'éphémère. Lorsque l'artiste le rapproche du marbre blanc, dans cette union saisissante que forme une Pierre de lait, il nous donne sa vision de la condition humaine: un lien indissociable et mystérieux de la vie avec la mort, dans un équilibre précaire et une limite ténue entre un état et l'autre.

 

Guy TOSATTO - (in Wolfgang Laib  "La Chambre des Certitudes" 2001)
Directeur-conservateur du Musée de Grenoble
Président de l'association AEWL

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F-66320 ARBOUSSOLS